Créée par l’Église du Moyen âge pour surveiller et punir toute dissidence, l’Inquisition est la machine répressive la plus formidable de l’histoire européenne. Pendant six siècles ses procédures secrètes et ses cérémonies spectaculaires font régner la peur au nom de la foi. Mais au-delà des salles de torture et des bûchers, elle est aussi novatrice, inventant de nouveaux outils de contrôle social et de répression. Secret absolu de la procédure, techniques « modernes » d’enquête et d’interrogatoire, appel à la délation, culte de l’aveu, fichage systématique, c’est tout l’arsenal d’une pédagogie de la terreur toujours d’actualité.
Épisode 1 : Le Parfait Inquisiteur
Inventée par l’Église au XIIIe siècle pour anéantir toute dissidence, l’Inquisition est la machine répressive la plus formidable de l’histoire européenne.
Ses débuts, en France, en Allemagne et en Italie, sont chaotiques et sommaires. Des Inquisiteurs nommés par le pape traquent Cathares ou Vaudois présumés qui « sont arrêtés le matin et brûlés le soir ». Mais rapidement apparaît le Manuel des Inquisiteurs, véritable mode d’emploi de cette police des âmes, d’une étonnante modernité : secret de l’instruction, appel à la délation, culte de l’aveu, emprisonnement comme moyen de pression, fichage par usage systématique de l’archive écrite, c’est tout l’arsenal d’une pédagogie de la terreur, dont notre Société de Surveillance est l’héritière.
Épisode 2 : Le secret et le faste
Depuis le début, les Inquisiteurs agissent indépendamment les uns des autres dans les territoires où ils sont nommés par le pape. Mais la fin du XVe siècle voit une spectaculaire métamorphose : l’Espagne, le Portugal et l’Italie mettent en place des appareils bureaucratiques, hiérarchisés et centralisés, où de nombreux tribunaux locaux, strictement contrôlés par un conseil suprême, maillent tout le pays.
La liste des cibles s’allonge : juifs et musulmans convertis, protestants, savants, philosophes, autochtones du Nouveau Monde, homosexuels, bigames, sans oublier les simples blasphémateurs, condamnés à de petites amendes, mais d’excellent rapport car très très nombreux.
Le secret entourant toutes les activités de l’Inquisition devient absolu. Plus personne ne peut se croire à l’abri. Mais régulièrement l’Inquisition se met en scène lors de fastueuses cérémonies publiques où elle exhibe les hérétiques condamnés par dizaines, célébrant son rôle social de l’Inquisition et son alliance avec les pouvoirs civils.
Mais à partir du milieu du XVIIIe siècle, au nom de la tolérance et de la liberté de conscience les autorités laïques n’acceptent plus que l’Église empiète sur leurs pouvoirs de police et de justice. L’Inquisition disparaît alors sans faire de bruit, escamotée comme un archaïsme encombrant. Reste d’elle une image caricaturale qui fait oublier son véritable héritage, sa modernité, ses innovations en matière de contrôle et de persécution dont notre monde sait faire si bon usage.
Réalisateur
Stan Neumann
Auteur
Stan Neumann
Montage
Louise Decelle
Image
Katell Djian
Son
André Rigaut
Musique originale
Philippe Miller
Durée
2x54min
Diffuseur
Arte France